Interview IGEM-IONIS

[SBConsult est allé à la rencontre de l’équipe IGEM-IONIS. Dans cette interview, il nous explique ce qu’est la compétition IGEM mais il nous dévoile aussi leur projet BACTAIL.]

1) Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Albane Mabro et je suis en 5e année à Sup’Biotech, majeure R&D, mineure Santé. Je suis Présidente et Cheffe de Projet de iGEM IONIS 2020, une équipe de 10 étudiants en ingénierie avec laquelle nous montons un projet de biologie de synthèse sur une période de 10 mois afin de le présenter à la compétition internationale de biologie de synthèse, iGEM.

2) Qu’est-ce que la compétition IGEM ?

L’iGEM, ou « International Genetically Engineered Machine » correspond à une compétition internationale de biologie de synthèse créée par le MIT (Massachusetts Institute of Technology) en 2004. Chaque année, lors du Giant Jamboree (en automne), les équipes iGEM du monde entier, composées d’étudiants, présentent leur projet. En 2019, il y avait plus de 300 équipes et 6000 participants de 40 pays différents !

3) Pourquoi avez-vous choisi de participer à cette expérience ?

J’ai toujours souhaité participer à iGEM depuis ma première année à Sup’Biotech. Arrivée en 4e année, j’ai directement postulé pour faire partie de la nouvelle équipe iGEM IONIS 2020 ! Ce qui m’intéressait le plus est d’avoir l’opportunité de mener un projet de R&D de A à Z, de repousser ses limites et de se prouver que l’on n’a pas peur de travailler sans relâche pendant une dizaine de mois. L’expérience humaine est aussi intéressante : l’esprit d’équipe est un must car tous les membres sont indispensables pour mener à bien le projet.

4)  À quoi correspond « IGEM – IONIS » ?

iGEM IONIS est une association d’étudiants en dernière année d’ingénierie : avec une partie spécialisée en biotechnologies venant de Sup’Biotech, une partie étudiant l’intelligence informatique à EPITA et une partie venant de l’ESME Sudria formant des ingénieurs généralistes. Chaque année, l’association se renouvelle afin de reconstituer une nouvelle équipe et monter un nouveau projet qui sera présenté à la compétition iGEM en automne.

5) Comment votre équipe est-elle organisée ?

Faire vivre iGEM IONIS c’est comme lancer une start-up : on s’occupe de la communication, du financement, tout en développant un projet qui sera concrétisé en laboratoire. Notre équipe est organisée en pôles qui sont dirigés par un responsable et chaque membre de l’équipe est plus ou moins investit dans plusieurs pôles différents. Les différents pôles sont : R&D/Laboratoire, Financement, Communication, Web Design, Software Design et Human Practices (sensibilisation et écoute du public sur notre projet).

6) Pourriez-vous présenter votre projet « BacTail » ?

Notre projet, BacTail se focalise sur la biologie de synthèse. Cette discipline combine la biologie et les sciences de l’ingénierie et vise à concevoir de nouveaux systèmes en se basant sur le génie génétique.

BacTail a pour objectif de lutter contre la résistance aux antibiotiques, un problème sanitaire majeur qui ne va qu’empirer dans les années à venir. Nous sommes en train de développer une solution de dernier recours au problème de l’antibio-resistance.  Il s’agit d’une bactérie thérapeutique qui pourrait être administrée sous forme de probiotique. Cette bactérie sera capable de spécifiquement reconnaître une bactérie pathogène, de s’y lier et ensuite de provoquer sa mort. Une fois sa mission accomplie, la mort de la bactérie thérapeutique sera programmée pour des raisons de sécurité, afin d’éviter sa dissémination dans l’environnement. En résumé nous développons un système contrôlé et fait sur mesure afin de lutter contre des bactéries pathogènes qui ne peuvent plus être traitées avec les méthodes actuelles.

7) Comment avez-vous développé l’idée ?

Nous avons passé les mois de janvier 2020 à avril 2020, à faire du brainstorming actif : lecture d’articles scientifiques, d’articles de presse, de communication avec nos proches et entre nous afin de trouver le projet sur lequel nous voulions partir pour cette aventure. Nous sommes tombés sur un article intéressant concernant l’interchangeabilité de la spécificité des bactériophages vis-à-vis de leur hôte et cela a été le début de notre projet BacTail. Nous avons par la suite décidé d’appliquer cette caractéristique des bactériophages dans le domaine de la résistance des antibiotiques.

8) Quelles sont les étapes pour arriver à produire un prototype ?

Les étapes afin de faire une preuve de concept se suivent. Il faut commencer par du travail théorique : bibliographie, lecture d’articles scientifiques. Ensuite il faut établir les protocoles qui permettront d’effectuer les manipulations au laboratoire. Dans le cas de notre projet, nous avons 4 phases qui se suivent. L’idée est donc de montrer que ces phases sont chacune et toutes ensembles, fonctionnelles au laboratoire.

9) Quelles sont les compétences que la formation de Sup’Biotech vous a apporté pour mener à bien ce projet ?

Tout d’abord, comme le projet est dans le domaine de la biologie de synthèse, ce sont surtout les cours que nous avons eu ces quatre dernières années en génie génétique, biologie, biochimie et bactériologie. Les formations que nous avons aussi eu en biologie structurale et bio-informatique sont aussi très utiles dans le cadre de ce projet. Enfin, il s’agit de mener un projet et de le développer en partant de zéro, c’est pour cela que les notions de gestion de projet que nous avons eues au fur et à mesure de notre cursus sont très utiles.

10) Quelles sont les compétences que vous avez développées grâce à ce projet ?

Pour ma part, ce projet m’a permis d’améliorer mon sens des responsabilités et ma capacité de décision et d’adaptation. Les choses se passent rarement comme prévu et il est important de toujours rebondir et ne pas abandonner ou se démotiver au premier imprévu. L’équipe de cette année a été très persévérante étant donné les conditions difficiles dans lesquelles nous avons dû développer la plupart du projet (épidémie et confinement). C’est dans ces conditions que le travail d’équipe a été primordial !

11) Comment décririez-vous l’expérience IGEM ?

C’est une très belle aventure avec beaucoup d’imprévus que nous apprenons à surmonter tous ensemble. Certes, elle est intense et nécessite un grand investissement et beaucoup de persévérance mais nous en ressortons grandis (professionnellement et humainement). Nous avons aussi l’opportunité d’échanger avec de nombreuses équipes à travers le monde et d’apprendre encore plus en dehors de notre propre projet. En quelques mots, je dirais que cette compétition nous pousse à sortir de notre zone de confort, à apprendre et mûrir rapidement.

12) Conseilleriez-vous les étudiants de Sup’Biotech à s’inscrire à cette compétition l’an prochain ? Si oui, quels conseils leurs donneriez-vous pour bien se lancer dans cette aventure ?

Je conseillerais à 100% aux étudiants de faire partie de l’équipe iGEM IONIS. Comme évoqué tout au long de ces réponses, l’iGEM c’est une très belle expérience où nous apprenons beaucoup. Il est nécessaire que les étudiants qui souhaitent faire partie de l’équipe soient motivés et prêts à investir beaucoup de leur temps dans ce projet. Je leur conseillerais de savoir pourquoi ils souhaitent participer au concours (est-ce pour le côté R&D, financement, laboratoire, communication etc.) et ensuite de bien apprendre à se connaitre entre eux (quels sont les points forts et faibles de chaque membre ?). L’organisation et la communication sont aussi primordiaux tout au long de la compétition.

Merci à l’équipe IGEM-IONIS pour cette interview et toute l’équipe SBConsult vous souhaite bonne chance pour la suite de la compétition !